Sauzeau Automobiles, pièces détachées pour Rolls-Royce et Bentley

"Le Bulletin"

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octobre 2000

sommaire

Nos nouveaux membres.

Pas de nouveaux membres pour ce mois-ci. Une très longue liste circulerait bien au sein du bureau, mais on nous a laissé entendre qu'elle ne serait plus utile après les élections de fin d'année, et que sa publication était dès lors inutile. Vous y comprenez quelque-chose, vous ?

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affiche musée

Rolls-Royce et Bentley au Musée de l'Automobile de Genève

Rencontre avec Monsieur Paul Peillonnex

La fin du mois d'août fut l'occasion de rencontrer Monsieur Paul Peillonnex, mécanicien du Musée International de l'Automobile de Genève. Sur le ton de la conversation et avec l'humour que seuls les vrais experts peuvent s'autoriser, il nous parle de son activité, de son expérience et son opinion sur la vie des Rolls-Royce et des Bentley en Suisse. L'occasion de faire le point depuis Genève sur la vie de l'automobile ancienne, la Bentley Continental, la vie du Musée, les concours d'élégance...

paul peillonnex

"Nicolas Zouaghi-Maulet : Paul Peillonnex, vous avez à votre actif une longue expérience acquise chez Rolls-Royce à Genève, pourriez-vous nous indiquer la durée de cette expérience ?

Paul Peillonnex : J'ai commencé en 1965 et je me suis arrêté en 1995, date à laquelle je suis rentré au musée ; c'est bien au musée que l'on met les vieux tableaux ! A l'époque, le garage de l'Athénée pour lequel je travaillais était l'importateur pour la Suisse, donc nous devions pouvoir réparer tous les modèles qui étaient sortis de l'usine et, de ce fait , chaque mécanicien devait pouvoir faire les véhicules courants. Étaient "courants" à l'époque les Type R, les 4 ½, les Mark VI, les SI les choses comme ça, et puis, par la suite, il y a eu l'évolution Shadow et en dernier l'évolution Spirit, Spur...

NZM : En France nous savons que le milieu de la voiture de collection de marque Rolls-Royce est assez anarchique et l'on trouve des véhicules un peu partout. Comment pourriez-vous décrire l'état des choses en Suisse : a-t-on plutôt des collections privées très importantes ou trouve-t-on aussi des véhicules un peu à droite à gauche ?

PP : Il y a les deux. Il y a les collectionneurs qui sont très particuliers parce qu'ils ne collectionnent, par exemple, que les Phantom ; donc la personne cherche à en avoir tous les modèles et c'est pratiquement arrivé. Autrement vous avez les collectionneurs qui collectionnent au coup-de-cour, ils aiment bien les Rolls et les Bentley, et ce sont des gens qui achètent des véhicules en parfaite état de roulage, sans quoi ils ne les achètent pas. Sans dire qu'ils roulent avec, car beaucoup de voitures restent longtemps sans rouler, il cherchent à obtenir un aperçu de la gamme. Il y a qu'en même pas mal de Rolls d'avant-guerre en Suisse.

NZM : Qu'elle est l'attitude des autorités suisses vis-à-vis des véhicules anciens, sont-elles plutôt favorables, plutôt sceptiques et quelle est votre expérience du contrôle technique ?

PP : Le contrôle technique est aussi difficile que pour une voiture neuve. Elle ne doit pas perdre de l'huile, ce qui est difficile pour une Rolls car cela veut dire qu'il n'y en a plus ! Il ne doit pas y avoir de corrosion, le véhicule doit être dans un état parfait, je dirais proche du neuf. C'est très sévère chez nous et les taxes sont toujours "plein pot", il n'y a pas de réduction.

NZM : Donc toujours une vignette automobile ?

PP : Oui

NZM : J'ai vu dans la belle collection du Musée que certains véhicules sont à la hauteur du concours de Bagatelle, ce sont des véhicules que vous préparez, que l'on vous demande de revoir, de mettre à neuf ou en état d'être présentés ?

PP : Le fait est que moi je suis mécanicien et non carrossier. Alors il est clair que lorsque l'on nous dit qu'un véhicule doit aller à Bagatelle, nous partons du principe qu'il y va par la route. Il faut donc que le véhicule roule mais qu'il roule normalement. Par exemple la Kellner bleue et blanche que vous avez vu est allée à Bagatelle, l'an passé. par la route. Cela a représenté deux semaines et demie de travail, car le véhicule était restauré, il avait une belle peinture, des beaux chromes, des beaux cuirs, mais il n'était pas "roulable".

bentley continental

NZM : Pas de "reine-de-plateau", selon l'expression américaine, qui parte de Genève pour aller se présenter dans les vrais concours d'élégance ?

PP : Si, cela arrive très fréquemment. Je l'ai fait avec une Silver Ghost depuis ici. Bon, la voiture avait été restaurée il y avait une quinzaine ou une vingtaine d'années. Elle devait avoir environ 3.000 kilomètres depuis la restauration, elle était restée sans rouler mais..."No problem" !

NZM : J'ai vu qu'un certain nombre de véhicules notamment de type SI sont entre vos mains pour être entretenus. Quel est l'état de choses en Suisse pour ce qui est de l'entretien des véhicules de cette génération ?

PP : Comme chacun sait, on a un petit peu un problème de pièces. L'Angleterre c'est loin et maintenant on est en l'an deux mille et tout n'est pas toujours disponible ; mais il y a beaucoup de choses qui sont disponibles et si ce n'est pas chez Rolls... c'est ailleurs !

NZM : Sujet de discussion, et presque de polémique, les nouvelles générations de Rolls...

PP : Ah, vous voulez parler des RollsWagen !

NZM : .Oui ! Et que vous inspirent-elles ?

PP : RIEN. RIEN...

NZM : Entendu ! Et depuis la Suisse comment voit-on évoluer la marque ? Quel est le sentiment vis-à-vis de la reprise par BMW ?

PP : Ça passe très mal dans la clientèle, parce qu'elle n'a pas besoin de voitures qui fonctionnent avec un moteur allemand ou n'importe quoi. Le client qui achète une Rolls, il l'achète avec ces problèmes qui font partie du jeu et puis si vraiment il ne veut pas d'emmerdement et bien il en achète deux, comme cela quand l'une est au garage, et bien il roule avec l'autre.

NZM : Vous avez vous bâti votre expérience professionnelle chez Rolls et Bentley, D'autres véhicules vous fascinent-ils, vous passionnent-ils ?

PP : Oui, oui c'est vrai. bon j'aime bien les véhicules américains, une de mes voitures préférées est sur la route actuellement, c'est aussi une voiture qui a gagné sa classe à Bagatelle en 1996, une Auburn Roadster Wood Tide 12 cylindres par laquelle nous sommes aussi montés par la route ! Et elle a gagné Villa d'Este cette année.

NZM : Par ailleurs, pour parler de l'actualité de l'automobile ancienne, le magasine Rétroviseur a, je crois, récemment consacré un article à la Bentley Continental. C'est une voiture qui reste une voiture d'exception, même chez les collectionneurs. En- trouve beaucoup en Suisse, est-ce qu'il y a encore des fanatiques de la Bentley Continental ?

PP : Vous voulez parler de la Continental Fast-Back ? La vraie pour moi, c'est la Type R avec la boîte "méca". C'est celle qui marche le mieux. A l'époque nous en préparions pour des kilomètres lancés ; ça prend le 200, c'est la seule 6 cylindres de cette époque, à ma connaissance qui fait ça. Elle est LA Bentley de l'après-guerre. Dans les "avant-guerre", et bien, c'est la Le Mans ; et puis il y a rien d'autre.

NZM : Et l'on peut voir circuler des Bentley Continental en Suisse, ou sont-elles dans des collections, elles roulent peu et elles restent rares ?

PP : Non, il y en a qui circulent. J'en connais plusieurs qui roulent. J'en connais une qui est démontée depuis dix ans et une autre qui est en fin de restauration. Non, en général ces voitures roulent.

NZM : Et s'agissant de l'actualité du véhicule ancien en Suisse, ou peut-on voir des Rolls et des Bentley ou des véhicules de même catégorie ? Existe-t-il y a une "saison" suisse, en la matière ?

PP : Pour les voitures anglaises il y a une manifestation amusante qui a lieu à Morges en octobre. Au départ c'était un Anglais sympathique qui a décidé de faire le rendez-vous des anglaises. Un rendez-vous tout-à-fait informel sur le quai : "Venez avec votre anglaise". Au départ c'était 20 véhicules, cette année il y en aura un millier, pas seulement de Suisse, c'est clair, mais il y a de tout et il faut que ce soit anglais. Il y a pas mal de propriétaires qui viennent avec des Rolls ; mais je dirais, avant les Phantom II, on ne voit pas trop car sur les routes c'est quand-même une punition à conduire...

NZM : S'agissant de la préparation de Bagatelle, je crois que vous avez quelques modèles ou en tout cas un modèle à présenter cette année.

PP : Dans les voitures, disons, peu courantes, on a une Ferrari Nembo qui va monter et qui est une 250 qui a été fabriquée au tout début des années 60. Ce modèle a été fait à un exemplaire, donc c'est déjà une voiture d'exception. On va montrer aussi une Pic-Pic, qui est une voiture genevoise, Pictet-Piccard, qui est de 18. Les Suisses étant des gens qui aiment bien la complexité à l'époque il y avait un "duel" entre deux fabricants de systèmes de chemises mobiles : il y avait les fourreaux coulissants et les fourreaux tournants ; et bien celle-ci elle a les deux en même-temps ! Donc on appelle cela des fourreaux louvoyants ! Enfin, on va monter aussi une Renault qui est de 6 ou de 7 qui est en état d'origine, non-restaurée, qui est restée 44 ans sans rouler et cette voiture est présentée à Bagatelle. C'est bien : vous vous mettez à l'intérieur et ça sent encore Louis Renault !

NZM : Autour de nous il y a d'ailleurs beaucoup de beaux véhicules. Le musée de Genève est un immense musée de 14.000 m² d'exposition, je crois qu'il y a des voitures qui sont en collections privées et en dépôt ici et puis des voitures qui sont propres au musée.

PP : Oui, il y a des voitures qui sont propres au musée, il y en a peu et j'espère que cela va augmenter et l'on travail sur le principe de la collection privée car cela nous permet de changer ce que nous montrons. Il y a des incontournables qui restent comme en haut, à l'étage, dans les françaises, vous pouvez voir une Talbot T 150 SS de Figoni qui est ma voiture préférée et ça je serais malade si cette voiture quittait le musée. Surtout que je connais ce véhicule depuis au moins 35 ans.

NZM : En tout cas le musée est entre de bonnes mains car en plus d'être un hôte admirable vous êtes un expert plus que chevronné de tout ce qui peut toucher aux véhicules anciens. Je crois d'ailleurs que vous accueillez volontiers des gens de l'extérieur qui viennent vous voir pour vous poser des questions ?

PP : Oui c'est très fréquent. Il y a peu de documentation sur les anciennes et en travaillant dans un musée on a des relations avec d'autres musées. Vous savez, il faut faire marcher les demandes de renseignements car l'on ne connaît pas tout.

NZM : Le musée de Genève bien qu'il soit très beau et très fourni, connaît quelques soucis, on parle beaucoup, on glose beaucoup sur son avenir, avez-vous une opinion, un écho dont vous pourriez nous faire part ?

PP : Oui, ce qui me navre c'est qu'à Genève, qui est la ville de l'automobile, on s'aperçoit que du point de vue autorité on parle beaucoup plus de l'écologie et de l'art, surtout moderne, que de l'automobile. C'est un peu regrettable car l'on a beaucoup de musées à Genève. Quand on demande un petit coup de pouce à l'É tat, quelque chose comme un million de francs suisses, on vous répond qu'on ne peut pas, parce que l'on a d'autres objectifs ; mais en même temps on vote un budget pour le musée d'ethnographie de 100 millions... Alors je vais vous dire, pour voir trois totem poussiéreux, c'est quand même pas mon truc ! À la limite ça peut faire du bois pour la cheminée !

NZM : Je crois que le message est passé ! La collection de Rolls et de Bentley au sein du musée représente combien de véhicules et est-elle une combinaison voulue ?

PP : Oui, si l'on veut. L'idée c'est de présenter l'évolution des modèles. Nous partions de la Silver Ghost, mais son propriétaire étant âgé, il l'a vendu à un autre collectionneur en Belgique. Je le regrette beaucoup. Mais nous partons quand-même de la Phantom I, on a les éléments qui sont marquants dans la collection. Particularité : elles roulent, elles sortent, donc il se peut que quand un visiteur vient telle ou telle voiture n'est pas là. Elle n'est pas vendue et en général elle est sur la route !

NZM : Est-ce principalement l'esthétique qui intéresse et que le musée cherche à mettre en avant ?

PP : Non, il m'arrive d'exposer certains véhicules capot ouvert ou sans capot du tout, car j'estime que ce qui est dessous est au moins aussi intéressant que ce qu'il y a autour. Car vous savez une voiture quand elle est fermée, c'est toutes les mêmes, à la limite le public il ne sait pas ce qu'il y a comme mécanique dessous.

NZM : Le public cherche à savoir, est étonné quand il voit certaines mécaniques, il vous pose des questions ?

PP : Oui, surtout quand on les fait tourner. D'ailleurs il suffit parfois de s'installer dedans et ça marche ! J'ai eu un cas ici. Lorsque l'on a fait le musée on a eu un Torpédo Phantom I qui est rentré et qui est arrivé sur camion depuis la France. Le problème avec une Phantom I c'est que c'est lourd ! C'est lourd à pousser et comme on fait parfois des événements dans le musée il faut déplacer des véhicules. Aussi, un jour, le propriétaire de cette Phantom arrive au musée, il y a de cela 3 ans, et la voiture était chez nous depuis un an et demi. Il m'appelle et, lui demandant de bien vouloir patienter, je lui indique que je dois déplacer sa voiture avant de le rejoindre. Je saute dans la Phantom I et je la mets en route, je la parque sur sa place d'exposition et je vois alors le gars... très mal... alors je lui demande ce qu'il y a et il me dit :"mais elle tourne !" et je réponds "oui, elle tourne... et où est le problème ?" et il me répond : "la dernière fois qu'elle a tourné c'était au mariage de mon frère qui est divorcé depuis... 18 ans. Un "spécialiste" m'a dit que le moteur était foutu..." Et bien pour un moteur foutu elle va drôlement bien et elle a fait le rallye de Chine en 1998 et ça s'est très bien passé. Elle n'est pas parfaite mais elle fonctionne bien !

NZM : Les membres de la section suisse du R-R.E.C. vous sont-ils connus ? Sont-ils en Suisse romande ou en Suisse allemande ?

PP : Il y a beaucoup de membres en Suisse allemande. Il est vrai qu'un des principaux centres pour les anciennes était Zurich. Il y en avait beaucoup là-bas, les gens étaient plus conservateurs à Zurich qu'à Genève. Maintenant, des voitures il y en a un petit peu partout. Il y a des différences entre les propriétaires. Je ne parle pas de différences sociales mais des différences d'esprit. Vous avez des gens qui achètent la voiture pour l'objet. C'est très bien, mais le problème c'est qu'en général ils ne l'utilisent pas. Vous avez les gens qui achètent pour spéculer. Alors là, je leur souhaite "bonne chance", car quand ils ont leur voiture c'est en général pour longtemps ! Enfin, vous avez des gens qui achètent une Rolls parce qu'ils pensent que dans la voiture ancienne, une Rolls c'est le "nec plus ultra", comme chacun sait, donc ils en achètent une parce qu'il en faut une dans la collection. Il y a des gens qui sont extrêmement sympathiques, certains son présents à chaque réunion d'anciennes. Ils ne viennent pas toujours avec la Rolls car en général ils n'ont pas que cela, mais ils ont au moins l'avantage de faire rouler les voitures. Et puis vous avez aussi les gens qui sont aussi un peu... comment dirais-je... prétentieux... alors on ne se commet pas avec les autres marques.

NZM : Je pense que là aussi le message est passé ! Merci beaucoup Monsieur Peillonnex de votre accueil et du temps que vous nous avez si aimablement consacré.

Comme le Japon a ses trésors nationaux vivants, Paul Peillonnex pourrait sans nul doute voir son nom inscrit sur la liste des trésors nationaux suisses tant sa connaissance, son expérience et sa passion pour les véhicules anciens sont communicatifs et presque palpables lorsqu'il vous offre le récit détaillé de ses expériences passées et de ses activités actuelles. Il est aussi une référence pour les collectionneurs suisses. Si vous êtes de passage à Genève, vous pourrez aller admirer la très intéressante collection de Rolls-Royce et Bentley du Musée Internationale de l'Automobile de Genève aux horaires suivants : tous les jours sauf le lundi de 10h00 à 18h00 ; entrée: Adultes 12 Frs (50 FF); enfants: 6 Frs (25 FF). Le Musée expose actuellement : Rolls-Royce : Silver Wraith, Roi d'Italie ; Corniche 1971 ; Shadow longue 1968-70 ; Continental S3 Chinese Eyes ; Silver Dawn ; Silver Wraith ; 20/25 ; Phantom I torpedo Barker ; Bentley : Continental S3 Cabriolet ; S2, Roi du Danemark ; S1 ; Continental S1 ; Continental R Fastback ; Type-R, Freestone et Webb ; 4¼ ; MK VI ; 3½ Kellner; cabriolet 1948 carrossé par Kung (Bâle).

Nicolas Zouaghi-Maulet

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